Après avoir visité les locaux, décidé d'abandonner le projet, puis repris le projet, notre quasi seul interlocuteurs (en tous cas celui qui devait signer un papier certifiant qu'on était allés le voir) vient de démissioner. Vraiment j'adore.
Mais puisqu'on est est des warriors (et surtout qu'on a un soutien à toute épreuve de la part de la responsable du projet, il fau bien le dire), on a donc continué, et mis en place, un grand beau et magnifique sondage concernant Lib*ration.
Donc, chers lecteurs potentiels (?), vous seriez très très chouettes non seulement de répondre au sondage ( http://pititepoulerouge.free.fr/phpsurveyor/index.php?sid=1&newtest=Y  et plus encore de faire passer l'adresse du lien à tous les gens que vous connaissez (surtout s'ils ne sont pas jeunes, pas de Paris et pas forcément de gauche (histoire d'avoir des statistiques plus crédibles) mais si non, aussi !). Si vous souhaitez que je vous envoie le mail dans lequel j'invite les gens à y répondre pour pouvoir le transférer plus facilement, il suffit de me le demander par mail par l'intermédiaire de 20six.
Hier, j'ai visité les locaux d'un grand quotidien national. Nous faufillant comme des ovnis dans un monde qui n'est pas le nôtre entre les bureaux d'open spaces tristement vides, nous venions avec un magnifique PowerPoint présenter notre projet de sauver le journal, les bébés phoques, la banquise et le monde entier. Mais le monsieur que nous avons vu ne croyait pas à nos capacités surperhéroïques avant même que nous soyions entrés. Alors, il a continué à ne pas y croire, nous quasi-refusant notre projet (pourtant gratuit) avec un sourire ironique et condescendant. Quasi, parce que nous avions le droit de le faire mais sans pouvoir accéder aux informations dont nous avions besoin. Ah. On vous a déjà expliqué le sens du mot "partenariat", monsieur ?
En fait, ce qui est assez drôle et tout aussi triste, c'est de voir qu'un journal en pleine crise continue à ne croire ni au marketing ni à la communication, brandissant en étendard ses mignons petits idéaux moraux (tout à leur honneur bien sûr sauf que le monde à changé depuis 1973 et que le journal n'a plus assez de caractère pour s'en passer. mais ça, allez leur faire comprendre). Alors certes, comment deux minables étudiants de licence d'une fac minable pourraient avoir un avis intelligent sur ce que eux, surdiplômés notoires n'arrivent pas à voir ? Peut-être parce que leurs oeillères sont devenues tellement énormes qu'ils ne croient qu'en "leurs intuitions" et refusent qu'on leur montre du doigt tout ce qui pourrait les remettre en cause. En somme, il refusent de voir pourquoi le journal va si mal, mettant implicitement ça sur le dos d'un trop grande application dans leur travail. Vraiment mignon.
Monsieur s'est "excusé de connaître ses lecteurs", s'offusquant de mon toupet, sauf que monsieur ne comprend toujours pas pourquoi tous s'en vont. Hey monsieur L*bé, peut-être que le vrai monde (celui où tu ne vis pas) n'est pas peuplé que de bobos parisiens, tu crois pas ?
J'avoue que ce projet me tenait à coeur parce que j'étais attaché au journal. J'étais prête à donner du temps et beaucoup d'énergie, espérant plus mettre en évidence ce qui leur échappe par manque de recul que trouver une solution miracle. Mais se retrouver face à cette sorte de prétention polie, énerve et décourage. je ne souhaite toujours pas au journal de se planter, mais en tous cas de finir par être obligé de s'écorcher le nez sur son orgueil. Au moins ça.
C'est assez marrant. Depuis que j'ai repris les cours, j'alterne maintenant deux univers complètement différents. Celui des étudiants, de la machine à café payante, des interminables cours et des profs toujours un peu tarés, et de l'autre celui des comérages de bureau, du bien-parlé, de la machine à café où on ne paie pas, des lettres sur lesquelles sont mentionnés des chiffres avec des zéros immatériels pour moi, qui transitent entre mes mains... . Et cette fac qui en devient irritante de désorganisation (des cours déplacés à la dernièr minute à des horaires où on a fooorcément déjà d'autres choses, des profs qui ne font aucun effort pour aider les étudiants qui luttent pour avoir des cours. Un ami débarquant à la fac cette année nous disait : "mais c'est incroyable, j'ai pas eu un seul cours où il n'y avait pas un problème de salle, d'inscription, de prof absent..." et nous de lui répondre, que bienvenu chez nous, et que c'est l'inverse qui aurait été surprenant. A donner envie d'aller faire la troisième année chez la concurrence.
En attendant, je m'en vais me réincarner en machine à café.
Je me demande si c'est typique à ma fac ou si c'est indentique partout, mais bizarrement (ou non), les inscriptions sont par DEFINITION compliquées. C'est-à-dire que tous les cours sont pleins au bout d'une heure d'ouverture des inscriptions, que certains papiers d'informations n'arrivent pas chez tout le monde, qu'ils retardent la rentrée d'une semaine mais qu'ils pressent d'autres choses. Je trouve ça assez exemplaire, en réalité. Un superbe modèle de désorganisation et de complication volontaire. clap clap.
En attendant, puisque mes vacances sont prolongées jusqu'au 15, je profite de sainte TNT pour revoir de vieux épisodes d'Hartley ou des Simpsons. Je continue aussi à gagner ma vie en ne faisant rien, ou plutôt en faisant acte de présence, comprenant la TOTALITE des règles du sudoku (ouais je suis pas forte je sais), performant au démineur, et cherchant un nouvel appartement. Des difficultés à écrire, toujours, quand ça ne va pas trop mal.
Tout à l'heure en rentrant du Monoprix sous la pluie (oui, grâce à ma récente ascension sociale j'ai arrêté de faire mes courses à ED ou Leader Price et fréquente désormais les hautes sphères supermarchiennes), j'ai trouvé l'état que je préférais à Paris. Quand il pleuviotte en début de soirée, qu'il fait déjà sombre et que les flaques font se réverbérer les lumières des enseignes, des phares, des feux ou des lampadaires. Ca brille de partout. Bizarrement, ça me rappelle les marchés de Noël alsaciens. J'aime bien l'automne.
J'ai trouvé du travail. J'ai même trouvé du travail pas trop mal payé pour un taff étudiant (comprendre un peu plus que le smic) et dans un institut financier qui gère des produits culturels (comprendre j'ai vu au mieux quatre scénarios d'inconnus passer entre mes mains). Ce qui n'est déjà pas si mal.
Mais outre tout ça, j'ai découvert les discussions entre secrétaire, la salutoire machine à expresso, et surtout la glande rémunérée. Autant dire que je ne fais à peu près rien. Un standard qui sonne entre 0 et 10 fois par heure au meilleur de sa forme, du courier qui n'est pas nombreux puisque les 3/4 sont destinés aux personnes dont on ne doit pas l'ouvrir, et au mieux cinq personnes par jour à accueillir. En somme, je suis payée à être sur msn, lire des magazines, des livres, de journaux, ou encore faire des mots croisés. La meilleure occupation est peut-être encore celle d'être plainte par les autres, constatant que je n'ai rien à faire quand ils passent devant mon bureau. Ceci dit, c'est toujours moins chiant et mieux payé que le récurrage de chiottes.
Le premier jour, j'apprenais qu'on pouvait se voir proposer un travail en rappelant les numéros inconnus qui téléphonent sans laisser de message.
Le deuxième jour, je bravais les voitures et les camions, faisait des priorités à droite et des points morts mes aliés, et offrais mon plus beau sourire à Monsieur l'Inspecteur.
Le troisième jour, je côtoyais les démons du tout petit matin, et les affreux parfums des co-voyageurs de train pour me voir offrir le tant redouté grand frère du CPE.
Le quatrième jour, je me reposais car je ne suis pas Dieu, et les démons du petit matin m'avaient drôlement fatigués. Puis j'apprenais que mon plus beau sourire avait payé, et que j'avais désormais la permission expresse d'écraser les piétons dans un véhicule à moteur et quatre roues dont le PTAC est inférieur ou égal à 3,5 tonnes.
Le cinquième jour, je me laissait éblouir sur grand écran par la scène Rap/Hip Hop/Soul américaine que je connais si mal et atteignais l'extase grâce à un incroyable trio The Roots/Erykah Badu/Jill Scott. De ce fait, encore une fois je déclarais Gondry comme mon maître illégitime. Puis le tête recouverte d'un bandana mouillé, je m'innondais de kerdane et faisais danser les flammes scintillantes sur les quais du Bassin de la Vilette.
Le sixième jour, (cinquième plus tard dans la nuit en réalité ), je déclarais avoir trouvé mon endroit idéal pour vivre. (outre le quartier de la Mouzaïa qui est l'endroit idéal pour vivre lorsque l'on est riche, vieux et que l'on recherche la tranquilité ). A Jaurès (ou Stalingrad, ne soyons pas extrémiste), il y a le canal, les deux meilleurs cinémas de Paris, la proximité des Buttes Chaumont, un métro aérien, une jolie piste cyclable, un McDo, des jolies ruelles et des immeubles qui ont vue sur la canal.
Ce même jour, je commençais à rédiger ma Genèse.
Le septième jour, je montrerai que je sais compter la monnaie et accepterai un emploi précaire spécial jeunes.
Le huitème jour, mon monde sera en place et j'aurai alors le loisirs d'observer les habitants s'y démener.
j'ai sorti le nez des cartons. Après quelques jours d'embalement, trimbalages, allers-retours bien chargés sur cinq étages (sans ascenseur, bien sûr), j'ai vidé mon couloir. C'est incroyable tout ce qu'on peut entasser dans une surface aussi minuscule. Et puis ce qui est drôle, c'est que cet appart que j'avais pu détester à certains moments, j'ai été prise d'une soudaine sympathie pour lui. Parce que le vider m'a rappellé des souvenirs et des odeurs de quand il n'était pas encore rempli. Des souvenirs un peu angoissant, de solitude et ce genre choses, mais qui ont aussi quelque chose de la découverte, de sensations un peu spéciales, à la fois de puissance et d'angoisse, que je n'avais jamais vécues avant.
Et ce matin, je marchais dans l'avenu vers l'appart et j'ai vu qu'un des rares bars de la rue (dans lequel je ne suis jamais allée, d'ailleurs) était vide, et des bouts de murs sur lesquel était attachés des trucs avaient été arrachés. On avait l'impression que le truc tombait en lambeaux. Et ça me rapelait la scène de Eternal Sunshine où Jim Carrey marche dans la rue et que le décor s'effondre autour de lui au fur et à mesure qu'il avance. La Motte-picquet / Suffren est un quartier que je n'aimerais pas en temps normal, si j'y passais en touriste, mais que j'ai finalement appris à aimer parce que j'y ai habité, j'y ai déposé des souvenirs, des moments et des coins familiers. J'en ai fait ma carte. Et égoistement, j'aurais voulu que ce quartier s'auto-détruise maintenant que j'en pars. Pour qu'il reste toujours comme dans mon souvenir.